Le point médian, pustule mauvaise sur la langue

On parle beaucoup de l’« écriture inclusive » ces jours-ci. Ma position sur le sujet est claire : il faut la rejeter, aussi vigoureusement et intégralement que possible. Il faut la condamner non seulement pour son absurdité, ce qui a été assez dit, mais également pour l’entreprise de manipulation des esprits qu’elle vise. C’est une tentative d’accaparement idéologique de la langue dont le but est de faire croire aux individus qu’ils habitent dans un monde absolument insupportable (une espèce de reflet noir du réel), que seule cette folie langagière peut soigner. Je renvoie ici à l’article de James Lindsay Psychopathie et origines du totalitarisme, qui détaille brillamment ces mécanismes.

En effet, faire passer l’usage de cette soupe typographique vomitive pour le nec plus ultra de la bienveillance, c’est mécaniquement expédier dans le camp du mal tous les réticents. C’est précisément pour cette raison que ce virus s’est propagé si vite et si loin, et qu’on en est à devoir proposer des lois pour essayer d’étouffer l’incendie. Qui veut passer pour un vil sexiste rétrograde ? Une vieille réac qui n’a rien compris ? Infliger cette novlangue au public, de manière d’abord passive, puis active (cf. Sciences Po), c’est pousser chacun à participer à un mensonge, en le forçant à cohabiter avec et faire sienne une langue construite de toutes pièces, une fausse langue.

Elle est pratiquement impossible à maîtriser ? Pas grave, le parti se montrera indulgent dans les premiers temps, où il s’agira simplement d’obtenir des individus qu’ils fassent preuve de leur bonne volonté. Ainsi, le point médian est un casse-tête ? Si, au moins, on obtient du quidam qu’il emploie des épicènes, mentionne systématiquement le masculin et le féminin (« celles et ceux ») et féminise tous les noms de professions, alors, on lui épargnera les foudres de la police de la pensée. Au moins pour un temps.

Chacun fait donc de son mieux. Ici ou là, on cède, on se donne des excuses, on trouve quelques mérites au fait de vouloir « rendre visibles » les femmes… Surtout si on est un homme bien. C’est probablement ce qu’il y a de plus répugnant dans cette OPA sur la langue : comme le souligne Eugénie Bastié dans Le porc émissaire, les hommes ne se portent pas très bien, en ce moment, ils ont un genou à terre, et cette ineptie est une nouvelle manière de leur faire rendre gorge. Qui veut passer pour un goujat ? Une relique du patriarcat tout-puissant ? Pire, un suppôt de Zemmour (Dieu nous en garde !) ? Personne. Dès lors, les cyniques et les naïfs des deux sexes s’emparent de cette occasion pour exercer leur pouvoir sur autrui et exhiber leur vertu morale.

Mais il ne faut pas s’y tromper : l’« écriture inclusive », c’est une tentative explicite de faire plier le réel pour le faire rentrer (au forceps) dans un fantasme utopique – une société purgée du mal patriarcal, en l’occurrence. On sait comment ce genre de délire finit…

Il est donc essentiel de garder confiance : la langue est formée par l’usage, pas par l’idéologie. Si l’on veut rendre hommage à la gent féminine, on peut dans un premier temps éviter de prendre les femmes pour des greluches psychopathes qui ont besoin de handicaper toute la population pour se sentir exister, mais surtout les traiter comme des êtres humains, les aimer dans toute leur complexité, faire la vaisselle et passer le balai, et, aussi, leur faire l’amour dignement. Quelle femme saine d’esprit a jamais tenu la grammaire ou le vocabulaire pour responsables de ses infortunes existentielles ?

Faire des compromis avec l’ « écriture inclusive » (dont on ne m’attrapera jamais à l’écrire sans guillemets), c’est donc céder à une arnaque excessivement cynique, sournoise et dangereuse, dont on ne ressort qu’affaibli et démoralisé. Gardons la santé, et disons non à ce délire funeste !

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